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L’arrière-pays himalayen se présente comme un désert. Un désert d’altitude où la vie se concentre en de rares oasis. Ce sont les plus hautes du monde; sans palmier bien sûr et souvent même sans arbre. Si on cultive noyers et abricotiers dans les vallées les mieux protégées,  sur les oasis des hauts plateaux les cultures se réduisent essentiellement à l’orge et au sarrasin.

Pourtant, l’eau ne manque pas dans ce désert. Ce sont d’abord les grandes rivières qui naissent des glaciers et rejoignent soit l’Indus, soit  le Yarlung Tsang-Po (Brahmapoutre). Mais ces cours d’eau puissants sont dangereux et les gens se méfient de leurs violentes crues. Ils préfèrent s’installer sur les berges des ruisseaux secondaires, plus faciles à maîtriser, à dériver pour irriguer leurs champs. L’occupation reste faible et fragmentée car les sites favorables à l’installation humaine sont rares.  D’ores et déjà des régions entières souffrent des effets du réchauffement climatique. La diminution des chutes de neige en hiver compromet les cultures.  Des villages du Haut Mustang doivent déménager.  Le manque d’eau ne leur permet plus d’irriguer tous leurs champs. En revanche, cela n’exclut pas de violents orages de mousson, capables de semer la mort et la désolation.

Par ailleurs, ces hauts plateaux tibétains comptent de nombreux lacs. Dans la titanesque collision géologique qui a créé l’Himalaya, les terres situées en arrière de la ligne d’affrontement des plaques lithosphériques de l’Asie et de l’Inde ont été portées à 4000 mètres d’altitude. Ces plateaux fracturés, cabossés, irrégulièrement soulevés forment de nombreuses cuvettes naturelles propices à la formation de marécages ou de lacs. Certains d’entre eux peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres : le lac Pangong, au Ladakh, situé à la frontière de l’Inde et de la Chine, à 4250 m d’altitude, mesure 134 km de long. Ces lacs sont souvent un point privilégié dans la transhumance de ces pasteurs nomades qui y passent souvent une bonne partie de l’hiver.

Paradoxalement, le versant sec de l’Himalaya est convoité pour l’abondance de ses eaux. Déjà l’Inde et le Pakistan se sont affrontés pour le contrôle du glacier du Siachen. Ce fut «la guerre de l’eau», à 6000 m d’altitude, la plus haute guerre du monde. A l’autre extrémité de la chaîne, les millions d’habitants qui vivent dans la vallée et le delta du Brahmapoutre regardent avec une certaine inquiétude ce que les chinois construisent en amont sur ce fleuve, juste avant sa sortie du territoire tibétain. Le colossal barrage en construction  aura une puissance double de celui des Trois Gorges !

Commentaires:

  • Stéphane

    4 mai 2019

    Bravo pour votre site, tant sur le fond que sur la forme, esthétique, didactique et pédagogique, de quoi nous sensibiliser plus encore sur les beautés et fragilités de notre planète et surtout de notre espèce. Amicalement.

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