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Depuis toujours, les besoins en eau pour l’agriculture ont  été essentiels. Jusqu’au siècle dernier, la survie de ces populations montagnardes isolées, vivant en quasi autarcie, dépendait de l’abondance et de la régularité des pluies.  Ces cinquante dernières années, la très forte croissance démographique a considérablement accru ces besoins. Les vingt dernières années, la croissance urbaine vive et anarchique a induit un autre défi majeur de développement, celui de la gestion de l’eau du quotidien.

Aujourd’hui la situation est variable selon les états, les régions de l’Himalaya. Mais d’une façon générale, dans les villages de montagne, l’évolution a été spectaculaire. Grâce à l’aide des ONG et au travail des habitants, la plupart des hameaux ont été équipés d’adduction d’eau potable. Rares sont ceux qui ont de l’eau courante chez eux, mais beaucoup ont accès à une fontaine, plus ou moins proche. En revanche, dans les agglomérations à la croissance explosive, la gestion de l’eau est devenue dramatique. Elle semble laissée à la débrouillardise des habitants, à la rapacité des industriels et à l’incurie des pouvoirs publics. Dans les villes du bassin de Kathmandou, certains quartiers n’ont de l’eau, à la fontaine publique, qu’une seule heure par jour. A Leh, au Ladakh, on achète l’eau à des livreurs qui la véhiculent depuis les sources sur des carrioles de fortune. Pour ce qui est du traitement des eaux usées, dans les grandes agglomérations, c’est le cauchemar. Une visite sur les ghâts de Kathmandou laisse entrevoir l’ampleur du désastre : la rivière presque à sec une grande partie de l’année est devenue un égout à ciel ouvert où pataugent les porcs et barbotent les canards. Le lit de la rivière sert de dépotoir et de lieu d’aisance.

Ces dernières années, de nouvelles utilisations de l’eau sont apparues. Ainsi, le rafting est devenue de plus en plus populaire. Les belles rivières himalayennes sont aujourd’hui un atout majeur du développement touristique. Les lacs de montagne attirent eux aussi une population de plus en plus cosmopolite et lointaine. Mais c’est surtout vers la force motrice des puissantes rivières que se tournent les regards. Le potentiel hydroélectrique est gigantesque. Pour le seul Népal, il serait de l’ordre de 83 000 MW, soit le deuxième du monde après le Brésil. Mais des potentialités aux réalités, le chemin du développement est long et semé d’obstacles à commencer par le financement. Ces projets colossaux aux enjeux internationaux sont loin des préoccupations des populations locales. Entre les projets d’envergure nationale aux coûts élevés, aux conséquences environnementales et humaines sérieuses, voire douloureuses, et les projets locaux, modestes mais réalisés en collaboration avec une population impliquée, les gouvernements ont à faire le choix d’un type de développement. Il n’est pas certain qu’un développement durable, respectueux des hommes et de la nature soit systématiquement pris en compte. Les décideurs politiques sont en Himalaya, comme ailleurs, des citadins pour qui le monde rural doit rester, avant tout, un fournisseur assujetti de produits et de services.

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